Bienvenue dans La Franchise, la newsletter d’Indiqo dédiée aux acteurs de l’assurance.
Le nom n’est pas anodin : en assurance, la franchise désigne la part que l’on assume soi-même.
C’est aussi l’esprit de cette publication, traiter les sujets avec clarté et sans détour,
qu’il s’agisse du marché, de la technique, des pratiques ou des anecdotes qui font le quotidien du secteur.
Au programme tous les 15 jours : une actualité marché décryptée, un focus métier ancré dans nos quatre axes
(actuariat, opérationnel, équipe, stratégie), et un clin d’œil pour aborder des réalités du secteur
sous un angle moins conventionnel. Bonne lecture.
Marché IARD : le rééquilibrage est réel, mais il ne profite pas à tout le monde
Dommages, RC, cyber retrouvent de la fluidité. L’auto, la construction et les cat nat restent sous pression. Sur les risques d’entreprises, la sélectivité dépend directement de la qualité du dossier de prévention.
Après plusieurs années de durcissement, le marché de l’assurance dommages amorce une phase de rééquilibrage en 2026. Les primes non-vie ont progressé de +5,4% au premier semestre 2025, tandis que la charge sinistres n’augmentait que de +2,3% sur la même période. Ce différentiel a restauré la profitabilité des assureurs sur plusieurs lignes, ce qui se traduit par un retour de capacités et une intensification de la concurrence. ①
Ce rééquilibrage est toutefois très inégal selon les lignes. Trois branches retrouvent clairement de la fluidité : les dommages aux biens (sauf activités complexes), la responsabilité civile (hors expositions États-Unis), et le cyber, qui poursuit sa détente entamée en 2023. Sur ces segments, les assureurs sont en position d’appétit et la concurrence entre porteurs joue en faveur des assurés bien préparés.
À l’inverse, trois lignes restent sous tension structurelle : l’automobile, notamment les flottes électriques, dont les coûts de réparation explosent et compliquent l’assurabilité, la construction, pénalisée par le ralentissement de l’activité en France, et les catastrophes naturelles, où la sinistralité climatique force les assureurs à durcir leur sélection et à réviser leurs expositions géographiques.
« La prévention n’est plus une contrainte : elle est devenue un levier de négociation à part entière. »
Verspieren, Synthèse des renouvellements 2026 ③Sur le segment des risques d’entreprises, la sélectivité ne s’exerce pas de manière uniforme. Les grands comptes disposant d’une sinistralité maîtrisée bénéficient pleinement de l’assouplissement. Les PME et les secteurs à sinistralité élevée continuent de faire face à des conditions plus restrictives : les assureurs exigent une documentation précise des expositions, des actions de prévention traçables et une gouvernance des risques lisible.
L’IA en souscription : outil d’aide à la décision ou substitut au jugement expert ?
Ce que les modèles font bien, leurs limites actuelles, et où l’expertise humaine reste déterminante.
L’intelligence artificielle franchit en 2026 le cap du déploiement à grande échelle dans les métiers de l’assurance. Souscription, gestion des sinistres, pricing, relation client : les cas d’usage se multiplient. Le principal frein à cette transformation reste la dette technologique des systèmes informatiques historiques, dont la modernisation est désormais traitée comme une priorité stratégique par la majorité des acteurs du marché.
Quels sont concrètement les domaines dans lesquels l’IA apporte une valeur ajoutée mesurable aujourd’hui ?
Croisement de données comportementales, historiques et contextuelles pour affiner le profil assuré en temps réel
Identification de patterns sur de larges volumes de sinistres, y compris des signaux faibles difficilement détectables manuellement
Tarification à l’usage et ajustement continu selon le comportement réel de l’assuré, notamment en assurance auto
Automatisation des dossiers standardisés, libérant les experts pour les situations complexes ou à fort enjeu
Les limites demeurent réelles sur les risques émergents, atypiques ou sans historique suffisant. Un risque cyber sur un secteur de niche, une structure juridique complexe, un sinistre avec des enjeux de réputation : face à ces cas, le modèle manque de données de référence ou peut produire des analogies inappropriées.
La question n’est donc pas de savoir si l’IA va remplacer l’actuaire, mais qui dispose de la double compétence pour auditer ce que la machine produit et en valider la pertinence dans un contexte donné. Ce profil hybride, à la croisée de la technique actuarielle et de la maîtrise des outils d’IA, représente aujourd’hui un atout différenciant considérable.
1,7 million de locataires sans assurance habitation, malgré une obligation légale
Ce que disent les chiffres de France Assureurs.
Selon France Assureurs, 797 000 résidences principales n’étaient pas couvertes par une assurance habitation au 1er janvier 2024, sur un parc total de 31,4 millions de logements en France. Rapporté à la moyenne de 2,2 personnes par résidence principale, cela représente environ 1,7 million de personnes, soit 2,5% de la population française. ⑤
Ces non-assurés sont majoritairement des locataires. Or l’assurance habitation est une obligation légale pour tout locataire, imposée par la loi du 6 juillet 1989 : le locataire doit couvrir au minimum les risques locatifs (incendie, dégâts des eaux, explosion) et fournir une attestation d’assurance au bailleur à l’entrée dans les lieux, puis chaque année. Le non-respect de cette obligation peut entraîner la résiliation du bail. ⑥
« La prime moyenne d’un locataire s’établit à 137€ par an selon LeComparateurAssurance.com, soit moins de 38 centimes par jour. »
LeComparateurAssurance.com, baromètre avril 2026 ⑦Parmi les facteurs qui pourraient expliquer ce phénomène figureraient la contrainte financière, dans un contexte de hausse continue des primes, ainsi que la méconnaissance des obligations légales. Les familles modestes seraient particulièrement concernées par le renoncement à l’assurance habitation. ⑦
Derniers Articles
